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Pour Pierre Boulez

7 Janvier 2016

C'est dans la presse étrangère que j'ai trouvé les articles les plus intéressants et les moins banalement "nécrologiques". Le New York Times, en particulier, offre deux beaux articles d'Anthony Tommasini et de Zachary Woolfe, ce dernier sous la forme d'une compilation de souvenirs de musiciens l'ayant fréquenté dans le travail (Esa-Pekka Salonen, Pierre Laurent Aimard, Marc-André Dalbavie, ou le jeune compositeur américain Nico Muhly...). Alex Ross annonce un hommage substantiel dans la prochaine livraison de The New Yorker...

Après le "jeune chat" impétueux (comme l'avait appelé Messiaen), le polémiste ravageur, il y eut aussi le vieux lion nullement attendri mais plus enclin à retrouver une forme de sensualité perdue. Qu'on réécoute ses derniers Debussy, ses derniers Mahler, ses derniers Bartók et surtout son superbe et surprenant enregistrement de la 3e symphonie et du 1er Concerto pour violon de Karol Szymanowski (1882-1937), oeuvres qu'il n'eut pas manqué de juger décadentes trente ans plus tôt, et qu'il nimbe ici d'une sensualité quasiment sans exemple dans tout son parcours.

Deux souvenirs inoubliables pour moi : en 2000, les cantates de Webern sous sa direction en Espagne, avec accentus et l'EIC, son sourire malicieux et si énergisant, dans les coulisses juste avant d'entrer en scène. Son éclat de rire à ma question, risible il faut bien le dire : "Qui d'autre, après Mahler dans sa 6e Symphonie, et Berg sur l'ultime accord de ses Pièces op.6, a utilisé le fameux marteau" ("avec maître, celui-là !", avais-je précisé...) et sa réponse amusée et honnête : "Voyez Henry-Louis de la Grange, lui saura vous répondre..." La franchise rayonnante et débordante d'intelligence de son regard et de sa poignée de main. Et aussi, dix ans plus tard, à Pleyel, les derniers concerts avec l'Orchestre de Paris, le vieux monsieur diminué, vouté, mais qui, dés les premières secondes, reprenait une vigueur de jeune homme en même temps que l'ascendant sur le son, et tous les paramètres qui concourent à la charge poétique d'un art invisible. Les gestes du chef, avait-il expliqué à un garçonnet à l'occasion d'une rencontre avec le public, servaient "à organiser silencieusement les sons invisibles..."

Pour bien des artistes de ma génération, Boulez était tout simplement l'un des cinq ou six musiciens les plus imposants que l'on pouvait rêver de rencontrer.

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B Boterf 07/01/2016 12:34

Merci Cher Laurent pour ce témoignage. Je n'ai pas eu comme toi la chance de lui parler et d'oser lui poser une question, mais les concerts auxquels j'ai assisté - plus encore que ses enregistrements- mon marqué à vie. comme Leonhardt, Harnoncourt, Gould "péché mignon de jeunesse"... Amitiés. Bruno