Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
musique-etc.over-blog.com

"The Erato Story"

22 Mai 2014

"The Erato Story"

Ce disque-là est scotché dans mon lecteur depuis quelques jours. Il fait partie des quelques perles récemment rééditées (inédites sur CD, pour la plupart) dans la série "The Erato Story".

La rarissime Epiphanie a été composée en 1923 par André Caplet, "d'après une légende éthiopienne". L'oeuvre a plus que des allures de concerto et l'on se dit que les Maurice Gendron, Maurice Maréchal ou André Navarra, pionniers de l'école française moderne ont pu y briller. Avec Paul Dukas (1865-1935) et Charles Koechlin (1867-1950), je vois en Caplet (1878-1925) l'une des charnières qui rendent Messiaen possible après Debussy et Wagner. À ceci près que cette Epiphanie, fortement rythmée et charpentée, ce qui n'est pas si courant avec le symboliste et très debussyste Caplet, tend aussi les bras vers le Dutilleux de Tout un monde lointain (1968-1970), également avec violoncelle concertant.

Tout le mystère de la musique de Caplet se retrouve dans les premières minutes de l'Epiphanie, avant l'entrée du violoncelle. Le mouvement central est une curieuse cadence passablement exaltée du soliste, que la pulsation lointaine et implacable de la timbale transforme en une manière d'office propitiatoire. Passé l'anecdote exotique du titre, l'énergique "Danse des petits nègres" qui referme l'oeuvre est un extraordinaire nuancier de couleurs orchestrales, à laquelle la prise de son analogique de 1980, très claire mais déséquilibrée par le multimicros, ne rend qu'incomplètement justice. Passionnante découverte, malgré cela.

Moins captivant, le Concerto en mineur d'Edouard Lalo (1876), a eu plus régulièrement les honneurs du disque, puisque la plupart des grands violoncellistes de la seconde moitié du XXe siècle l'ont gravé. Et il vaut bien la sempiternelle Symphonie espagnole du même Lalo... On se réjouit d'y retrouver le timbre charnu et le style direct et vigoureux de Frédéric Lodéon. On se prend aussi à regretter que les mêmes interprètes - Lodéon est accompagné par Charles Dutoit et le Philharmonia de Londres - n'aient pas gravé, dans la foulée, le non moins rare Concerto "militaire" d'Offenbach.

Tout ne se vaut pas, loin de là, dans la série "The Erato Story". Je retiendrai également, pour ma part, le récital Chabrier / Saint-Saëns / Debussy de la grande Magda Tagliaferro, ainsi que le fameux album Purcell de John-Eliot Gardiner (Music for the Queen Mary, Come Ye, Sons of Art) gravé en 1976.

Les lecteurs des Voix d'un renouveau, l'ouvrage de Harry Haskell dont ma traduction est parue en octobre 2013, auront croisé en chemin le célébrissime Te Deum, de Marc-Antoine Charpentier, enregistré en 1953 sous la direction assez... inflexible de Louis Martini, l'un des papes du baroque "à la papa". Avec Jean-François Paillard, il fut longtemps l'un des seuls défenseurs de la musique française du "grand siècle". Ce disque, qui fut le premier enregistrement réalisé sous étiquette Erato, servit longtemps d'indicatif à l'Eurovision. Il fait partie du lot de rééditions. La lecture empesée et d'une raideur à faire fuir est ce qu'elle est. Ou plutôt ce qu'elle fut, et on peut en sourire sans grand risque. À condition de se rappeler qu'on ne disposait pas, dans les années 1950, des outils philologiques et musicologiques d'aujourd'hui. Rétrospectivement considérée, l'histoire de l'interprétation musicale peut se résumer, qu'on le veuille ou non, à une suite d'erreurs et de pis-allers. Jusqu'au jour où, enfin, tout s'emboîte; c'est alors que le style accède à la vie sonore...

Pour les mêmes raisons, ma curiosité a été attirée par l'album enregistré l'année suivante par Marie-Claire Alain, bien avant la première de ses trois intégrales de l'oeuvre d'orgue de Bach. J'attendais beaucoup de ce disque, me disant que j'y trouverais une charnière interprétative entre les pionniers de la redécouverte de l'orgue de Bach - Albert Schweitzer, Marcel Dupré, Maurice Duruflé - et la première génération des organistes "historiquement informés", à laquelle appartenait Marie-Claire Alain . Même capté par le légendaire André Charlin, l'orgue Cliquot-Danion-Gonzales de Saint-Merry, vitrine de la transmission électro-pneumatique, le summum du progrès de l'époque, dont cette firme était alors le porte-drapeau) ne met pas en valeur le jeu de l'interprète, qu'on trouvera bien plus à son affaire dans ses intégrales à venir (également pour Erato) en particulier la seconde, réalisée au début des années 1980 sur des instruments d'Europe du Nord, et superbement captée.

"The Erato Story""The Erato Story""The Erato Story"

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article